La santé au travail
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Dans le monde professionnel actuel, la recherche perpétuelle de productivité et de performance met souvent à rude épreuve l’équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle. Stress, troubles musculo-squelettiques, risques psychosociaux… les pathologies liées au travail se multiplient et pèsent lourdement sur les entreprises. Président du CIAMT (Centre de médecine du travail et de santé au travail), Philippe Goj appelle les managers à se saisir pleinement de ces enjeux de prévention et de bien-être au travail, gages d’attractivité, d’engagement et de pérennité pour leurs organisations.

Le rôle clé des managers de proximité

“Les chefs d’équipe, responsables d’ateliers, directeurs d’usine… ces managers de terrain sont en première ligne pour détecter les signaux de mal-être au travail et mettre en place de bonnes pratiques de prévention”, souligne d’emblée Philippe Goj. Proximité avec les salariés, responsabilité sur les conditions de travail, animation du collectif… tout désigne ces encadrants comme acteurs essentiels pour protéger la santé des employés.

Mais sur le terrain, le président du CIAMT constate encore trop souvent un déficit de formation et d’implication managériale sur ces sujets. “Dans de nombreux cas, la santé au travail reste aujourd’hui la prérogative des services dédiés, déconnectée des réalités opérationnelles et du quotidien des équipes”.

Voici une vidéo relatant ces faits :

Former les managers à la détection des risques

Pour insuffler un réel changement de culture, la formation des managers de proximité constitue un axe prioritaire. “Ils doivent être capables d’identifier les signaux d’alerte : un collaborateur qui s’isole, l’absentéisme récurrent d’un membre de l’équipe, des signes de tensions dans le collectif, etc”, insiste Philippe Goj.

Le dirigeant prend l’exemple d’Orange, l’opérateur télécoms, qui a déployé une vaste campagne de e-learning sur les risques psychosociaux auprès de ses 15 000 managers. Des modules ludiques pour les former à détecter les situations à risque et les outiller face à des problématiques comme le stress, les conflits relationnels ou le harcèlement moral.   

Responsabiliser sur l’organisation et les conditions de travail

“Le manager est également le mieux placé pour agir sur l’organisation concrète du travail et identifier les sources de pénibilité physique ou mentale”, poursuit Philippe Goj. Optimisation des processus, aménagement ergonomique des postes, rotation des tâches, allègement des charges de travail… les leviers d’action sont multiples mais demandent une réelle implication des encadrants.

Le président du CIAMT donne l’exemple inspirant du Groupe Poult, entreprise agroalimentaire qui a refondu en profondeur son organisation industrielle avec l’aide de ses managers et de leurs équipes. “En analysant finement les tâches et en impliquant les opérateurs eux-mêmes, ils ont pu supprimer de nombreux gestes répétitifs et postures contraignantes à l’origine de TMS.”

Insuffler un management bienveillant

Au-delà des aspects techniques, Philippe Goj insiste sur le rôle fondamental du manager dans l’instauration d’un climat de bienveillance et de confiance au sein des équipes. “Un management rigide, autoritaire et déconnecté des réalités du terrain est un terreau fertile pour le développement des risques psychosociaux”. 

Le président du CIAMT prend l’exemple vertueux de Decathlon, où les pratiques managériales se veulent résolument bienveillantes et axées sur l’autonomie des équipes. “Les responsables sont formés pour adopter un style d’animation souple, à l’écoute des collaborateurs et dans une logique d’accompagnement plutôt que de contrôle strict”. Un état d’esprit qui participe à entretenir un cadre de travail serein et épanouissant selon Philippe Goj.

Donner l’exemple par le haut

Pour que les bonnes pratiques managériales en santé et sécurité au travail s’enracinent durablement, l’implication de la direction est indispensable selon le président du CIAMT. “Il faut une impulsion forte venue du plus haut niveau, avec des dirigeants qui érigent ces sujets en priorité et montrent l’exemple au quotidien”.

Philippe Goj salue à ce titre l’engagement total de Michelin, où la direction a fait de la préservation de la santé des salariés un axe stratégique de premier plan. “En déployant massivement des formations, en mettant à disposition les moyens humains et financiers colossaux, la direction donne un signal extrêmement fort qui porte ses fruits”.

Un cercle vertueux, bien au-delà de l’aspect réglementaire

Si les obligations légales en matière de santé au travail peuvent constituer un aiguillon, Philippe Goj insiste sur les bénéfices économiques concrets d’une véritable politique de prévention. “Diminution des arrêts maladie, hausse de la productivité, fidélisation des talents, attractivité renforcée… les entreprises vertueuses sur ces sujets s’inscrivent dans un cercle vertueux pour leur compétitivité à long terme”.

Le président du CIAMT prend l’exemple d’Airbus, où les efforts massifs déployés en ergonomie et sécurité au travail auraient permis d’économiser plusieurs dizaines de millions d’euros par an en frais d’arrêts de travail et de soins. 

Pour Philippe Goj, la santé et la sécurité au travail doivent redevenir des préoccupations majeures pour les managers à tous les niveaux. “Loin d’être de simples contraintes, ce sont des leviers de performance économique et humaine essentiels dans un monde professionnel en constante évolution. Les entreprises qui réussiront cette transition prendront un avantage compétitif décisif”.

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